Épilogue

Tu es venue au temps de la défaite
alors que le froid de l’âtre était éteint
Roland Giguère, L’âge de la parole

En sortant, elle s’arrêta, observa longuement les lieux; d’abord le vieux Couvent devenu Hôpital psychiatrique, ensuite le studio du photographe, de l’autre côté de la rue, puis l’allée s’engouffrant sous les noyers cendrés, donnant sur le jardin d’arbustes floraux, appelant vers une croix de chemin, un peu plus loin. Puis elle se dirigea vers sa voiture, mis la clé dans la serrure de la portière, hésita quelques secondes, la débarra, l’ouvrit, s’installa au volant, mis ses verres fumés, démarra lentement, quittant ces lieux où elle n’allait revenir chaque fois qu’avec tristesse. Sur le siège du passager se trouve une boîte de cassettes. Elle la monte chez elle, les écoute toutes, dormant peu, mangeant peu. Elle installera le magnétophone sur sa table. S’y trouvera déjà une liasse de feuilles et une plume. Elle éteindra, allumera une bougie, remettra la première des cassettes dans l’appareil, prendra la plume, hésitera quelques secondes, démarrera le magnétophone. Elle se sera mise à écrire.

– J’ai fait quelques changements. Me pardonnerez-vous, unique lectrice ?

– Ne recommencez plus. Je vous pardonne.

– Je pensais à un pardon urbi et orbi

Eros anikate makan

Une larme sera tombée sur les feuilles.

Es-tu infiniment seul,
mon privé,
mon âme sœur?